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  • Chrystelle Bertrand

Action Humanitaire au Cambodge : L’Art thérapie au profit des enfants des rues

En février 2019 grâce à l’association Partager Grandir de Bretagne, je suis partie en mission humanitaire avec une équipe d’Art Thérapeute Evolutive au Cambodge à Pnom Penh. Il m’aura fallu quelques temps pour prendre du recul sur cette riche expérience et partager ici mon ressenti.

En effet pour moi il y eut un Avant Cambodge et un Après Cambodge. Je m’explique. J’ai toujours été sensibilisée à la problématique de soutien aux pays étrangers qui n’ont pas la chance de vivre un climat apaisé comme celui que nous avons en France. Vous me direz qu’en France il y a aussi beaucoup à faire, j’en conviens tout à fait et j’essaye d’y faire ma part également. Mais globalement il suffit d’aller voyager dans le monde pour se rendre compte qu’il y a tout de même de nettes disparités de qualité de vie et que nous sommes globalement en France, en tout cas pour la plupart, plutôt mieux lotis. Tout dépend évidemment de ce que l’on considère comme qualité de vie. Pour moi, la croissance économique et la manne financière, ce n’est pas tant ce qui est important. Beaucoup de ces pays qui vivent avec peu d’argent, sont riches de beaucoup d’autres choses, comme des valeurs traditionnelles proches de la nature, du partage et de l’entraide, de la famille, etc. Mais malheureusement, beaucoup souffrent de n’avoir accès aux produits de nécessité, je parle de survie, du manque d’eau, de soins sanitaires, de nourriture.

Beaucoup sont englués dans des conflits armés depuis de longues années, pour des causes multiples, politiques et ethniques, qui nous dépassent. Et pour ceux qui sont sortis d’années de guerre, le quotidien est chargé des conséquences matérielles, physiques et psychologiques, de ses conflits plus ou moins récents. L’Art thérapie peut intervenir sur le champ de la santé mentale, avoir un impact psychologique en libérant certaines croyances liées aux traumas.

Au Cambodge, la reconstruction du pays est en marche depuis 1978, suite au génocide de la population.

"Entre le 17 avril 1975 et le 7 janvier 1979, un génocide a été perpétré par les Khmers rouges au Cambodge. Deux millions de Cambodgiens ont trouvé la mort par assassinat, famine ou épuisement physique et psychologique. Parce qu’ils sont nés ou ont vécu en ville, lieu de la contamination impérialiste, ils sont considérés comme impurs. Stigmatisés et triés en fonction de critères socio-territoriaux, hommes, femmes et enfants sont contraints à une rééducation idéologique et à la politique de collectivisation des terres. Champs et rizières sont dès lors transformés en vastes camps de travail à ciel ouvert, où finissent par succomber ces parias du « nouveau peuple » dans des conditions de vie et de labeur insupportables. C’est pourquoi l’émotion ressentie par la communauté cambodgienne est forte après l’annonce des arrestations en 2007 des principaux dirigeants encore vivants." Mis en ligne sur Cairn.info le 01/03/2008

Cet héritage traumatique est encore bien présent au sein des générations actuelles. Économiquement parlant, le pays est en bonne voie, mais qu’en est-il de la santé mentale des populations de ce pays ? Beaucoup d’enfants se sont retrouvés orphelins, beaucoup de femmes se sont retrouvées veuves pour élever leurs enfants. Les enfants ont grandi, portant le fardeau psychologique de leurs parents. De nombreuses familles aujourd’hui continuent de vivre dans la survie. Les traditions viennent ajouter à ce contexte, pour beaucoup de familles, une éducation difficile des enfants. Sans revenus, beaucoup de parents ont de tout temps envoyés leurs enfants dans les rues pour tenter de grapiller quelques moyens de subsistance. Ces enfants subissent alors la violence des rues, ils sont rejetés par l’autre partie de la population et maltraités. Beaucoup sont violés très jeunes. Les jeunes filles tombent dans des réseaux de prostitution, non sans la complicité de nos compatriotes dans le tourisme sexuel, qui laissent derrière lui, des centaines de filles mères, complètement démunies.

L’association Cambodgienne «LRDE Le Restaurant Des Enfants » fait un prodigieux travail dans ce contexte pour sortir les enfants des rues en leur donnant un repas par jour, des vêtements, un peu de chaleur humaine, un autre regard sur eux. Ils peuvent y faire leur toilette, et accéder à l’école pour certains. Pour apaiser les parents, ils repartent ensuite avec un panier de légumes, ce qui les dédouane d’aller chercher dans la rue de quoi subvenir aux besoins de leur famille. Régulièrement, LRDE invite des Ongs étrangères à venir aider dans le concret, bénévolement, leur travail quotidien.

C’est cette association qui nous a invités, comme depuis 3 ans, à venir offrir à ces enfants, de grandes séances collectives d’Art Thérapie Evolutive, comme une parenthèse bienveillante pour les aider à s’exprimer, à venir déposer leurs émotions, par le dessin. Ce sont donc une centaine d’enfants qui ont pu bénéficier dans plusieurs endroits de la ville comme au LRDE, de notre accompagnement et de notre regard sans jugement. Les premières séances d’Art thérapie ont révélés beaucoup de violences, une frénésie quasi hystérique, pour s’apaiser au fil des jours.

Il est évidemment frustrant d’intervenir de manière si fugace, sur un séjour de 15 jours. Mais ce qui est rassurant c’est de voir à quel point les choses évoluent d’année en année. Car cette petite goutte d’eau d’intervention au service de ces enfants continue à les nourrir bien longtemps après notre retour en France. Ces enfants reçoivent cette attention désintéressée à leur encontre, ils comprennent que ce regard bienveillant et aimant, respectueux de leur personne, est possible. L’adulte peut avoir sur eux un regard sain et plein d’espoir. Nous n’arrivons pas pour leur apporter des promesses venues de l’extérieur, mais pour valoriser en eux la certitude qu’ils sont eux-mêmes des êtres emplis de ressources, et qu’il y a au fond de leur cœur une âme d’enfant qui peut et a le droit de conserver l’insouciance de son âge sans mise en danger. Ils sont capables de joie, de partage, de générosité. Ils peuvent aller vers la lumière et changer leur regard sur eux, casser ce cercle de fatalité. L’art thérapeute évolutive travaille dans ces séances sur l’estime de soi, sur la foi en la vie et en l’être humain.

Émotionnellement pour les art-thérapeutes présent-e-s, ce fut bouleversant. Pour ceux qui n’en sont pas à leur première mission, ils ont pu prendre plus vite le recul nécessaire. Pour les autres, ce fut assez violent, et je remercie tout particulièrement l’association Partager Grandir pour ses supervisions de chaque jour sur place, nécessaires à se décharger après chaque jour du poids de ce concentré de tensions accumulées, pour transformer cette tristesse latente en joie et en espoir en l’humanité. Etre au service en mission humanitaire renforce énormément ses qualités d’empathie, après avoir traversé moments de larmes et de joie mêlés. Ces enfants avec leurs regards m’ont fait grandir et m’ont apporté autant que j’ai pu leur donner. Ils ont transformé ma perception des valeurs, ont renforcé ma soif d’amour inconditionnel, m’ont rappelé au sens de la vie.

Ces enfants m’ont permis de casser les peurs, les barrières mentales qui freinaient mon engagement auprès des plus démunis. Ils m’ont accueilli dans l’essence même de qui je suis. Ils ont permis au plus profond de moi d’ouvrir mon cœur sans stratégie de défense. Aujourd’hui je travaille auprès de tous les publics en France. Dès mon retour, j’ai pu accompagner les travailleurs handicapés des ESAT en Art thérapie Evolutive, avec cette même foi en l’humanité, sans aucune peur des différences d’autrui.

Ce fut un voyage initiatique. Merci !


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